


Le 16 mai 2004 à 23h10 nous touchons le sol de Kiev, Le
coeur déchiré entre notre petit David-Kostia resté en Suisse et vers notre
futur deuxième enfant qui niche Dieu sait où sur le sol ukrainien...
Ces sentiments entre nostalgie et espérance nous ont accompagnés tout au
long de notre chemin vers Leïla-Priska.
Nous voici à nouveau baignés dans l'Ukraine, son alphabet
cyrillique ... une impression d'être perdus dans un monde sans repères...
Par contre une bonne surprise nous attend à l'aéroport de Kiev : les
questionnaires pour la douane sont aussi en français!
Nous avons la grande joie de retrouver l'accompagnateur du
BGA qui nous avait assisté lors de notre première aventure et avec qui nous
avions gardé des contacts.
Ce qu'il nous raconte dans le taxi qui nous amène vers notre
appartement nous met le moral au fond des chaussettes... La situation est
très difficile, il faut compter au moins 1 mois (... sans David-Kostia...)
et plusieurs rendez-vous au NAC pour espérer aboutir. Il faudra être très
forts et très patients si nous voulons devenir les parents d'une nouveau
petit ange ukrainien...
Cette première nuit à Kiev a été plus emplie d'angoisse et de questions que
de sommeil.
Enfin le jour se lève sur le rendez-vous tant attendu. Nous commençons
notre longue attente dans l'escalier, puis dans le couloir du NAC.
Deux couples sortent du bureau des psychologues derrière lequel nous
attendons. Ils ont l'air effondrés... c'est de mauvaise augure. Nous sommes
invités à entrer avec un couple d'italiens qui attendaient avec nous.
Nous sortons l'album de photos qui raconte les doux moments de bonheur avec
David-Kostia. Le sourire apparaît sur le visage de la psychologue qui
appelle sa collègue pour le feuilleter... l'ambiance c'est nettement
réchauffée!
Cet album photos sera, tout au long de la procédure, notre
baguette magique, notre botte secrète pour cette adoption.
On pose devant nous un épais classeur rempli de fiches d'enfants qui
attendent des parents. Devant nos yeux défilent des visages, des maladies, des histoires,
des enfants qui attendent que leur vie change... et nous nous devons penser
à David-Kostia, à cet enfant à venir, à la famille que nous voulons
construire... faire le bon choix pour que nos quatre vies trouvent un
équilibre dans l'avenir... quel moment difficile où il faut à la fois ouvrir
son coeur et le protéger, garder la tête froide et commencer à aimer un
enfant...
Soudain, comme par miracle, une nouvelle fiche arrive sur le bureau... Igor,
15 mois, habite Kharkov. Aucun problème de santé grave, uniquement un léger
strabisme.
Nous croyons à notre chance et nous acceptons de partir à la rencontre de
Igor.

le 18 mai nous recevons l'autorisation de visite du NAC et
nous prenons le train de nuit vers Kharkov.
Le 19 mai, aux premières lueurs
du jour, nous arrivons dans la ville d'Igor. Après avoir trouvé un hôtel
confortable, nous courrons les administrations pour recevoir les
autorisations nécessaires à notre visite à l'orphelinat.
Nous rencontrons enfin la médecin-chef pour parler d'Igor.... coup de
tonnerre... l'enfant entend très mal, voire pas du tout, mais comme ils
n'ont pas pu faire d'analyses, ils ne peuvent pas se prononcer sur la
maladie et les solutions pour y remédier.
Selon leur expression 'Dieu seul sait si Igor entendra un jour'.
Quel dilemme... nous n'arrivons pas à prendre la décision de dire non à cet
enfant... nous demandons des analyses afin de savoir quel est le problème.
Nous rencontrons Igor, c'est un petit garçon jovial et souriant avec qui
nous partageons 1 h00 hors du temps. Nous ne lui promettons rien, mais lui
apportons un peu de tendresse et de jeu.
Aussitôt arrivé à l'hôtel j'appelle la pédiatre et l'oto-rhino de
David-Kostia. Leurs avis sont alarmants : nous n'aurons pas vraiment d'idée
précise des problèmes d'Igor avec l'audiogramme demandé, il faudrait faire
encore un IRM. Si le petit doit être opéré il faudra prendre les frais à
notre charge (il ne sera pas couvert par l'AI avant 1 an). Si l'opération
n'est pas faite avant les 2 ans de l'enfant, les chances de réussites sont
beaucoup plus faibles.
C'est la décision la plus douloureux, la plus dévastatrice de notre vie...
mais nous devons dire non à Igor, le coeur en lambeau. Nous ne sommes pas
les parents qu'Igor attendait... le seul cadeau que nous avons pu lui faire
c'est ces moments de tendresses partagés et des analyses complémentaires
pour pouvoir cerner un peu plus le problème dont il souffre.
En disant non, nous pensons que ceci sonne le glas de notre deuxième
adoption : il ne nous reste plus que 2 semaines 1/2 pour aboutir...
c'est quasiment mission impossible.
Il nous faut encore attendre 2 jours que différents papiers soient faits
avant de pouvoir repartir pour Kiev apporter notre demande pour un deuxième
rendez-vous au NAC, le vendredi 21 mai au soir.
Notre accompagnateur est lui aussi pessimiste quant à la réussite de notre
deuxième adoption, nous sommes à deux doigts de reprendre l'avion vers
David-Kostia afin de terminer nos vacances avec lui.

Ce samedi-là nous marchons dans Kiev sans grande
conviction... nous ne croyons plus vraiment à la fin heureuse de notre
quête. Seuls les mots de soutien de notre famille et de nos amis nous aident
à tenir le coup.
Nous entrons dans une église pour faire brûler 3 cierges, 1 pour
David-Kostia, 1 pour nous, 1 pour notre hypothétique deuxième
enfant... au moment où nous allumons le troisième cierge notre mobile
sonne... notre accompagnateur nous dit qu'il y a beaucoup de chance que nous
ayons un rendez-vous lundi et que il faut nous tenir prêts dès 8h00.
Sur ce message d'espoir, nous recommençons à y croire.
A 8h15, le lundi 24 mai nous apprenons que nous avons
rendez-vous à 9h00 au NAC.
Nous attendons, le coeur serré, dans les couloirs du NAC, ce rendez-vous de
la dernière chance... nous voulons y croire encore.
C'est la psychologue qui a reçu le couple d'italiens lors de notre premier
rendez-vous qui nous accueille. Elle se souvient de nous et nous donne
immédiatement le classeur des petites filles.
Une fiche nous raconte l'histoire de Leïla, née à Cherkassy, sans problème
de santé grave, petite fille blonde aux yeux gris (détail sans importance
pour nous, si ce n'est que notre fille est châtain aux beaux yeux bruns...). Elle est libre pour
l'adoption internationale depuis samedi seulement. La psychologue téléphone
à l'orphelinat qui confirme qu'il n'y a aucun problème de santé grave, que
les dernières analyses sont ok et que la petite puce marche depuis 2
semaines.
Nous disons oui sans aucune hésitation et la psychologue nous assure que
nous aurons notre autorisation de visite pour le soir-même. Notre
moral remonte en flèche!
Nous partons donc le soir du 24 mai en taxi pour Cherkassy et passons cette
nuit-là dans une hôtel typiquement soviétique à nous angoisser pour la
rencontre du lendemain.

La journée du 25 mai a été une parfaite illustration de
toute la procédure d'adoption de notre petite princesse. Nous avons passé
par toutes les phases d'angoisse, de désespoir, de bonheur et d'espoir qui
peuvent jalonnés une adoption.
Nous recommençons la course aux administrations pour recevoir les
autorisations de visite de Leïla.
Selon la pancarte sur son bureau, l'inspectrice était absente jusqu'à jeudi
et sans son autorisation pas de visite possible! Pierre insiste pour tout de
même demander une visite à la médecin-chef de l'orphelinat. Notre
accompagnateur accepte de tenter le coup sans grande conviction... Nous
découvrons que dans l'orphelinat l'inspectrice a aussi un bureau sur lequel
il est inscrit qu'elle est absente jusqu'au 30 mai... nous revoilà au fond
du gouffre... Notre accompagnateur pose la question à une femme qui passe
dans le couloir... c'est l'inspectrice qui passe 'par hasard' par là... elle
ouvre son bureau, nous prépare notre autorisation et prend rendez-vous
pour nous avec la médecin-chef pour 12h45... et nous revoilà au 7ème ciel!
La médecin-chef nous parle de l'histoire ne notre petite puce et nous dis
que nous avons beaucoup de chance car tous les problèmes de santé qu'elles
a eu sont résolus depuis peu.
A 13h00 notre petite princesse, habillée aux couleurs d'Ukraine, entre dans le bureau et nous regarde avec ses
immenses yeux bruns emplis de questions. On nous demande de la laisser
d'abord nous apprivoiser avant de l'approcher... (nous apprendrons plus tard
qu'elle a déjà été présentée à des couples ukrainiens et qu'elle a refusé le
contact avec eux et a hurlé tout au long de l'entrevue).

Au bout de quelques minutes ses grandes billes s'allument d'une lueur
d'intérêt et je peux lui présenter la peluche que nous avons choisie pour
elle. Elle la prend immédiatement dans ses bras et ne veut plus la quitter.
Après un court moment de jeu c'est dans mes bras qu'elle vient se réfugier
pour faire connaissance avec son papa... ses beaux yeux s'illuminent et
nous sentons que le courant passe entre nous!
Quand la médecin-chef nous
demande si elle nous plaît... la seule réponse que nous trouvons c'est
'c'est notre fille!!!'.
Nous la raccompagnons dans son groupe 'Soleil' et partons pour faire les
papiers nécessaires au démarrage de la procédure chez une notaire.

Nous avons le droit de visiter notre petite puce chaque jour
de 13h30 à 15h00.
Chaque après-midi nous arrivons avec des fruits, des biscuits, des jus et
des pampers pour le groupe de Leïla. Ces victuailles sont accueillis avec
reconnaissance et les enfants crient 'mémé' dès que les nurses commencent à
partager les biscuits ou les fruits...
Nous partons pour de longues promenade dans le parc avec notre fille... nous
nous apprivoisons à petits pas durant les 1h30 par jour qui nous sont
accordés.
Notre
petit amour est un peu réservée au début, mais elle nous accepte
rapidement dans son monde... Elle aime les biscuits, les jus de fruits et
les bisous dans le cou. Dès qu'un chat ou un chien passe dans son champs de
vue elle oublie qu'elle ne marche pas depuis longtemps et part dans sa
direction...
Au bout de quelques jours elle m'appelle 'mama,', nous fait cadeau de son
magnifique petit rire en cascade et son caractère obstiné pointe le bout de
son nez à coup de 'Nei Nei' dès que nous ne faisons pas comme elle veut...
çà promet... notre petit ange est une chipie... mais quelle adorable
chipie!!!

Le
3 juin est le grand jour, nous avons enfin rendez-vous pour le jugement
d'adoption de notre petit amour!
Nous entrons dans une salle de tribunal et le jugement commence...
l'ambiance et solennelle, le moment mémorable et naturellement nous
bredouillons d'émotion pour répondre aux multiples questions de la juge!
Nous sortons du tribunal le coeur en fête, nous sommes parents à nouveau!
Notre fille s'appelle Leïla-Priska Oléna et nous voyons enfin le bout du
tunnel!

Nous
passons une dernière fois partager des moments de tendresse et de rire avec
notre petite fille et lui expliquons bien que nous allons revenir la
chercher dans quelques semaines et qu'ensuite nous ne serons plus jamais
séparés.
Nous lui racontons une fois encore son frère, sa famille qui l'attendent en en
Suisse et l'embrassons très fort, le coeur serré bien que nous sachions à
quel point elle est bien soignée dans son orphelinat.
C'est le deuxième fois que nous vivons ces moments difficiles, mais cette
fois-ci nous quittons un enfant pour en retrouver un autre... notre coeur
balance entre rires et larmes... et cela va durer 30 jours!

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La dernière mise à jour de ce site date du
04-01-2005