


Jeudi 28 novembre 2001, 13h21... mon natel (téléphone mobile
pour les non-suisses) sonne et sur
l'écran je vois que c'est notre ange du BGA qui m'appelle... Mon coeur fait un bond de
géant... Et si...?... non, je n'ose y croire!
Et bien si, elle m'annonce que le moment tant attendu est
arrivé et que nous avons notre rendez-vous entre le vendredi 7 décembre et
le mardi 12 décembre.
Là j'ai bien peur que mon coeur se soit arrêté ... car
j'ai un énorme trou de mémoire.. .
Aussitôt remise de mes émotions , je me précipite sur le
téléphone pour avertir Pierre. Il est fou de joie le futur
papa!!!
Le lundi 3 décembre nouvel appel pour nous confirmer
la date : notre rendez-vous est le 7 décembre ... dans 4 jours ... panique à
bord !!!
Je ne vous raconte pas à quel point ces 4 jours sont passés vite
entre les urgences professionnelles à finir, les bagages à boucler, les
proches à avertir ...
Mais le 7 décembre à 6h40 du matin nous étions les deux
grands dadais avec les yeux pleins d'étoiles qui piétinaient dans l'aéroport
de Genève en attendant que le check-in s'ouvre pour notre vol de 8h40 pour
Kiev Via Zürich.
La responsable pour l'Ukraine du BGA est venu nous donner les dernières recommandations, nous
rassurer, nous encourager... un ange!

Arrivée à Kiev... le premier contact avec l'alphabet
cyrillique... un impression d'être perdus dans un monde sans repères... les
lettres sont à la fois si semblables et si différentes... si nous avions
appris le russe !
Enfin, heureusement nous avons notre petit lexique
français russe dans la poche au cas où.
Nous devons remplir un formulaire (en anglais heureusement!)
pour déclarer notre argent liquide et nos
objets précieux. Nous passons sans
encombre la frontière et nous trouvons au milieu d'une foule d'inconnus,
guettant notre nom sur un carton... au bout de la file le sourire 'slave' de
notre accompagnateur nous attend... soulagement!
Nous partons directement pour le centre d'adoption de Kiev (NAC
pour les initiés) et montons les
interminables escaliers jusqu'au fameux
couloir sombre dont nous avions tant entendu parler. Il y a peu de monde, un
quinzaine de personnes attendent. Nous rencontrons la responsable du BGA en
Ukraine. Une jeune femme souriante et efficace... décidément, nous
sommes magnifiquement entourés avec l'équipe du BGA!
Nous nous asseyons et la première d'une longue liste
d'attentes dans un couloir sombre de l'administration commence. Mais que
d'émotions, que de doutes, que d'espoirs dans cette première attente!
La directrice du NAC, nous reçoit un bref instant
dans son bureau pour nous présenter la psychologue qui nous soumettra les
dossiers d'enfants et nous voilà partis dans un autre bureau.
Nous avons d'abord droit à quelques dossiers 'lourds' avec
des enfants gravement infirmes ou malades et trop âgés pour notre agrément.
Ce sont des moments difficiles où il faut se protéger de ces photos
terribles et de la culpabilité qui vous envahit face à ces enfants qui
ne seront sans doute jamais adoptés.
Et soudain, le miracle, le dossier d'un petit garçon né en septembre 1999, avec retard psychomoteur réversible, qui répond au doux
nom de Konstyantin (diminutif Kostia). Notre accompagnateur nous lit son dossier et nous
acceptons de partir pour Kmelnitski afin de le rencontrer. Pierre me dit
qu'il est beau comme un coeur... moi je n'ai pas osé regarder sa photo!
Nous attendons encore pour que l'autorisation de visite nous
soit donnée, mais il est trop tard, il faut revenir lundi matin pour la
prendre.
Nous avons donc un week-end pour visiter Kiev! C'est une
ville magnifique qui nous fait beaucoup penser à Vienne. Notre
accompagnateur nous fait un
tour de ville digne des plus grands guides touristiques!
Nous profitons
de ces quelques jours pour donner des nouvelles à la famille via Internet et déguster la
délicieuse cuisine ukrainienne.
Lundi nous recevons l'autorisation, allons chercher nos
billets pour le train de nuit pour Khmelnistki et nous voilà installés dans
un compartiment chauffé et confortable pour une nuit agitée par notre
angoisse de la rencontre du lendemain...

Mardi 11 décembre, sur les quais enneigés de Khmelnistki, le
coeur battant d'être si près de lui, nous traînons nos bagages à travers
les voies... nous sommes dans la Province, pas de passages sous voies ici,
il faut remonter les trains stationner et traverser les voies pour arriver
sur le quai enneigé de la gare.
Nous trouvons un hôtel propre mais mal chauffé et sans eau
chaude jusqu'à jeudi. Il semble que toute la ville soit dans ce cas. Nous
étions préparés, mais BRRR à -20° c'est dur dur.
Nous partons à la recherche d'un endroit où nous pouvons prendre un
petit-déjeuner... et là un petit miracle se produit : le chauffeur de taxi
nous conduit devant un charmant petit hôtel avec système d'eau chaude
personnel (boiler) et une très bonne isolation thermique (donc chaud) où nous pouvons manger un
délicieux repas.
Nous réservons une chambre pour le lendemain pour toute la
durée de notre séjour, il est à 15 minutes à pied de l'orphelinat... un
miracle!
Nous repartons, confiants en notre bonne étoile, chez
l'inspectrice de la jeunesse pour obtenir une autorisation. Seul notre
accompagnateur est
autorisé à entrer... pas d'angoisse, c'est normal.
Nous prenons rendez-vous avec la directrice de l'orphelinat,
ok pour 11h00. C'est une jeune femme douce et sympathique qui nous explique
l'histoire de Kostia. Elle nous propose d'aller le voir dans son groupe.
Nous attendons dans une pièce que les nurses viennent nous le présenter.
Ses cris de protestations le précèdent... pour une fois qu'il est dehors du
parc, il veut aller où bon lui semble!
Un petit garçon blond aux yeux immenses, du même bleu que
ceux de Pierre, nous apparaît rouge de colère. Le voilà enfin notre fils!
Nous tombons immédiatement en amour devant ce p'tit bonhomme au regard d'ange
et au caractère bien trempé.
Au bout d'une 1/2 heure, où nous avons essayé de
l'apprivoiser en douceur en jouant à le poursuivre à petits pas, puisque ce
qu'il voulait c'était courir en liberté, il c'est mis à regarder derrière
lui, l'air de rien, pour voir si nous le suivions bien. Nous avons même eu droit à
l'ébauche d'un sourire...
Le moment du repas venu, les
nurses nous autorisent à lui donner à manger : un moment magique ou tout
s’apaise. David-Kostia nous regarde dans les yeux avec confiance, le contact
est enfin créé. Pas de doute, c'est notre fils!
Nous repartons voir la directrice
afin de lui dire que nous étions d'accord pour l'adopter.

Nous devons faire encore quelques
contrôles manquants (psychiatre et prise de sang)
afin de ne pas avoir de mauvaises surprises. Trois jours d'attente un peu
angoissants pour avoir le résultat de la prise de sang... tout est Ok! OUF!
Pendant que notre accompagnateur court pour
rassembler les documents et obtenir le rendez-vous pour le jugement, nous
allons voir notre fils matin et soir afin qu'il nous adopte.
Moments magiques
où le temps s’arrêtent. 10h00 rendez-vous avec notre fils qui nous tend
les bras. Il aime les chansons, les câlins, les chatouilles et l’amour . Les
jouets que nous lui avons acheté ne l’intéressent
pas, il aime le paquet de mouchoirs en papier, la housse de l’appareil
photo, la lumière rouge de la caméra de papa. C’est papa qui donne à manger
et maman qui chante des chansons. Pour les câlins,
c’est tous les deux.
Moments privilégiés pour lesquels aucun mot n’est assez fort pour les
raconter, seuls 3 cœurs peuvent les dire.
Nous avons eu le grand bonheur
de partager ces moments d'exceptions avec un couple de français , Corinne et
Thierry, qui étaient dans le même hôtel que nous et qui ont rencontrés leur
petit Arthus dans même orphelinat que David-Kostia. Que d'instants intenses
partagés avec eux, que de soirées douces à parler de nos petits et de notre
futur avec eux.

Le 18 décembre 2002, vêtus de nos plus beaux atours, nous
nous rendons dans la salle d'attente du juge... à deux doigts du bonheur.
Corinne
et Thierry sont aussi là qui attendent, ils ont leur jugement juste après
nous.
Le juge
d’un a
bord
un peu froid c’est détendu durant la séance. Pierre, dans sa
déclaration, a répondu que non, il
n'était pas marié et
qu'il ne travaillait pas... pas ému du tout le papa...
Nous sortons
de là tout tremblants et heureux comme des rois d'être les nouveaux parents
de David-Kostia!
Je ne vous raconte pas la fête ce
soir-là avec nos amis Corinne et Thierry ... le champagne ukrainien
a coulé à flot!!!

Rendez-vous avec notre
accompagnateur à
l’orphelinat pour discuter avec les nurses de toutes les questions de
grandeurs, de nourriture, de rythme de vie, d’allergies, etc… de notre petit
amour afin de préparer le prochain voyage. David-Kostia n’est pas content du
tout, claque la porte qui sépare la salle de visite où il est avec son papa
de la salle où nous sommes avec la nurse. Au moment de partir, pour la
première fois, il pleure et ne veut pas rester dans les bras de sa nurse. Il
a compris ce qui se passe et nous nous avons le cœur lourd.
Nous passons l’après-midi le voir et
les choses se passent mieux. Nous avons décidé de ne pas trop montrer notre
peine et jouons comme d’habitude. Nous lui expliquons encore une fois notre
départ et notre retour. Nous faisons ensuite les 3 mousquetaires pour la
première fois : papa tend sa main, maman met sa main dessus et notre fils
pose sa petite main sur les notres …
Comme d’habitude nous nous sommes
pris tous les 3 la main et l’avons emmené dans la salle avec les autres
enfants. Nous avons dis au revoir aux nurses et sommes partis les yeux
pleins de larmes….
La nurse avait mis David-Kostia à la
fenêtre et il nous a fait au revoir…. Dernière image de notre fils pour 40
jours… Image que nous gardons précieusement dans notre mémoire et dans nos
cœurs.

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La dernière mise à jour de ce site date du
11-01-2004